Saint-Hippolyte-du-Fort (Gard, FRANCE)

Grand Temple de l'Église Réformée

Historique


Le massacre de
Maurice PUGET.

O Quelques mots du temple...
O L'orgue de BEAUCOURT et VOEGELI.
O La restauration de Laurent PLET.
O Compositions comparées.

Sommaire



Le malaise du culte des Rameaux, dû au mauvais fonctionnement des orgues nous a poussé à demander un devis de réparation. Nous nous sommes adressés à M. Puget, sur les conseils de M. Verney organiste au temple de Nîmes ". C'est dans ces termes que fut décidée la modernisation de l'orgue de Saint-Hippolyte en 1960. On fit pour cela appel à la population et des actions de 10 000 francs furent imprimées pour couvrir l'emprunt (sans intérêts) qui s'élevait à 590 200 francs. Lors de la dernière restauration de 1992, beaucoup de gens se sont posés la question de savoir s'il était bien nécessaire de restaurer une fois encore un instrument qui, trente ans plus tôt, avait fait l'objet d'une aussi onéreuse modernisation. Il faut reconnaître que si la question n'est pas dénuée de sens, elle est le fruit d'un manque d'information ; malheureusement, il faut pour cela appeler un chat, un chat. Ainsi, la modernisation en 1960 de l'instrument de Saint-Hippolyte par Maurice Puget fut-elle une véritable catastrophe.

Maurice Puget était issu d'une grande famille d'organiers dont la création de la fabrique remontait à 1834. Son éducation musicale - très poussée - ne réussit pas à faire de lui un grand ouvrier. Il fut en effet toute sa vie victime de son époque qui, à grands coups d'adjonctions de jeux de mutation, croyait pouvoir baroquiser les orgues du dix-neuvième siècle. Le travail que Maurice Puget exécuta à Saint-Hippolyte fut probablement le dernier de sa vie qui prit fin le 17 août 1960. Son fils, pharmacien, ne reprit pas l'entreprise et Maurice fut donc ainsi le dernier de la dynastie Puget.

Le travail de Maurice Puget sur l'orgue de Saint-Hippolyte pouvait se résumer en trois points :

  1o)  

Adjonction d'un second clavier de Récit et pose de deux jeux sur celui-ci.

2o)

Agrandissement du pédalier de dix huit à trente deux notes et passage du clavier de Grand-Orgue de cinquante quatre à cinquante six notes.

3o)

Modification et remplacement de certains jeux.

Il faut croire que Maurice Puget ne connaissait que la traction électrique car les modifications apportées à cet orgue le laisse généreusement penser. En effet, le second clavier de Récit fut, dès son origine, entièrement prévu électrique. Les sommiers électropneumatiques de ce clavier furent commandés en Allemagne. Aucun problème ne se serait posé si le facteur n'avait aussi prévu l'accouplement Récit sur Grand-Orgue ainsi que les deux tirasses habituellement nécessaires. Pour ce qui était de l'accouplement du Grand-Orgue, il ne suffisait à Maurice Puget qu'à installer des contacts à aiguilles sur le dessus du clavier de ce plan sonore et le tour était joué. Mais le problème se compliqua quand il s'agit de poser les deux tirasses. L'adjonction des douze notes de pédales avait, elle aussi, été conçue à traction électrique. Pour simplifier les choses, Maurice Puget commanda en Allemagne deux sommiers de tirage électropneumatiques qu'il plaça sous les sommiers de Pédale d'origine afin d'électrifier entièrement le plan sonore concerné. Néanmoins, la Pédale avait encore l'inconvénient de ne pouvoir jouer en tirasse le clavier de Grand-Orgue. Maurice Puget remédia à ce problème en commandant deux autres sommiers de tirage et les plaça sous ceux du Grand-Orgue.

Ces sommiers ne couvraient que l'étendue de la Pédale (de C 1 à F 3). Il ne rendit donc complètement électrique que la basse de ce clavier dont toute la traction mécanique originelle (vergettes, rouleau d'abrégé, équerres de renvois) fut purement et simplement détruite. Par contre, le dessus du clavier resta à traction entièrement mécanique. Cet illogisme a finalement profité puisqu'il a permis de reconstituer l'abrégé du Grand-Orgue qui n'était que partiellement détruit. Mais Maurice Puget ne s'est pas arrété là. Dans sa commande de matériel (à l'entreprise Laukhuff probablement), il ajouta un pédalier neuf de trente notes afin de remplacer celui de Beaucourt. Les boites à échelles, les deux nouveaux claviers de cinquante six notes ainsi qu'une partie de la mécanique de Grand-Orgue nouvellement reconstituée étaient de la récupération de matériel sans valeur. De plus, le bois dont s'est servi Maurice Puget pour installer ses quatre sommiers de traction électropneumatique est celui dont était constitué l'ancien abrégé de Pédale. En récupérant les planches de ces supports bricolés, Laurent Plet et son équipe ont donc pu, sans trop de peine, reconstituer la partie mécanique de l'ensemble de l'instrument.

Pour tout ce qui regarde la tuyauterie, les modifications furent apportées dans les mêmes conditions que pour la mécanique.

Outre les jeux qui n'ont pas été modifiés (Montre 8', Prestant 4' Cornet IV et Flûte 8' au Grand-Orgue et Flûte 8' à la Pédale), on pouvait voir avant le passage de Maurice Puget :

  1o)  

Un jeu de Gambe de huit pieds installé en 1898 par Hugues Beaucourt, fils d'Hippolyte-César, se trouvait à la place de la Fourniture primitive.

2o)

Le Bourdon de quatre pieds comme son homologue en bois de huit étaient à leur place sur le sommier.

3o)

Un jeu d'Euphone se trouvait à la place de l'actuelle Trompette ; on trouve des traces écrites « Euphon 8' » dans maints endroits de l'instrument.

Or, nous pouvions découvrir sur le sommier du Grand Orgue, avant la restauration de 1992, un jeu de Quinte sur la chape de l'ancienne Fourniture ainsi qu'un jeu de Doublette sur la chape du Bourdon de quatre pieds. De plus, il apparaissait dans le Récit de Maurice Puget des tuyaux en bois provenant manifestement de la facture Beaucourt.

L'affaire, bien que difficile à décrire, est assez simple : en 1960, Maurice Puget enleva la Gambe de huit pieds qui se trouvait sur la chape de l'ancienne Fourniture pour y placer sa Quinte. La Gambe disparut donc, et nous n'avons de ses traces que son faux-sommier resté intact. À la place du Bourdon de quatre pieds (en métal), il installa sa Doublette. Il laissa également intact le faux sommier et fit tenir les tuyaux à l'aide de morceaux de carton ondulé enroulés dans les trous de celui-ci.

Maurice Puget recomposa le nouveau Bourdon de huit pieds du Grand-Orgue de la manière suivante : les six premiers tuyaux provennaient de la deuxième octave du Bourdon de seize pieds de Pédale ; les six suivants étaient d'origine ; le reste du jeu était fait avec l'ancien Bourdon de quatre pieds. Le jeu sonnait donc toujours dans la même tessiture mais n'était plus composé de la même tuyauterie !

Pour ce qui est du jeu de Trompette, il fut entièrement fait de tuyaux de récupération ; on y trouvait des anches et des tuyaux très anciens. Certains tuyaux étaient du dix-neuvième siècle ; beaucoup d'anches de style Bertounèche (du type de celles qu'utilisait Aristide Cavaillé-Coll) ont été récupérées lors de la restauration de 1992. Cette Trompette sonnait très fort et n'était pas à proprement parler harmonisée... Il ne reste de l'Euphone originel que ses barres de maintien et les faux-sommiers dont j'ai pris le relevé.

Au Récit, le jeu de Cor de nuit de huit pieds fut composé à l'aide de six tuyaux provenant de la basse de l'ancien Bourdon de huit pieds du Grand-Orgue ; six autre tuyaux étaient de récupération ; le reste du jeu provenait du Bourdon de huit pieds du Grand-Orgue. Le jeu était donc entièrement en bois. Afin de modifier l'harmonie, Maurice Puget baissa considérablement les bouches de de la basse du jeu. Le jeu de Flûte douce de quatre pieds était entièrement emprunté sur le Cor de nuit de huit. Les tuyaux de l'octave du dessus étaient faits de récupérations diverses. A propos de ce dessus de Flûte douce, il faut noter qu'il contenait deux tuyaux provenant du Bourdon de quatre pieds du Grand-Orgue. Il ne restait donc que dix dessus de ce dernier jeu qui ont disparu et qui ont été reconstitués lors de la restauration.

Le jeu de Bourdon de seize pieds de Pédale avait gardé ses douze basses d'origine ; le reste était entièrement emprunté sur le Cor de nuit de huit pieds du Récit. Le jeu de Flûte de huit pieds de pédale n'a pas été modifié dans ces dix-huit basses d'origine ; pour le dessus nécessaire à l'agrandissement du pédalier, Maurice Puget avait installé un petit sommier annexe sur lequels trônaient douze tuyaux de récupérations diverses ; tuyaux qui, comme à son habitude, ne présententaient aucun intérêt. Je n'est fait aucun relevé de ces tuyaux.




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